Je suis marié depuis assez longtemps pour que tout le monde autour de nous pense qu’on est devenus un couple solide, presque tranquille, le genre de couple qui a passé les grandes tempêtes et qui n’a plus rien à prouver. Sauf que depuis quelques mois je me demande si je suis encore avec ma femme par amour ou juste parce que notre vie est devenue trop compliquée à démonter.
On a un crédit immobilier, des habitudes, des amis en commun, des vacances réservées, des repas de famille, des projets, des objets achetés ensemble, des souvenirs partout dans l’appartement, et parfois j’ai l’impression que notre couple tient plus par inertie que par désir.
Le pire, c’est qu’elle n’a rien fait de grave. Elle n’a pas été infidèle, elle n’est pas méchante avec moi, elle est présente, fiable, attentionnée même. C’est justement ça qui me détruit, parce que j’aimerais pouvoir pointer du doigt une faute claire et me dire voilà, c’est pour ça que je pars.
Mais il n’y a rien. Juste une distance qui s’est installée doucement, presque poliment. On parle de nos journées, on fait les courses, on dîne ensemble, on dort dans le même lit, parfois on rit vraiment, mais il m’arrive de la regarder et de ressentir une sorte de tendresse familiale plus qu’un amour amoureux.
Et ensuite je culpabilise parce que je me dis que peut-être c’est ça, justement, le vrai couple après des années, pas l’excitation permanente mais quelque chose de calme. Pourtant, quand je suis seul quelques jours, je ressens un soulagement qui me fait peur.
Je respire autrement, je dors mieux, je n’ai pas besoin de jouer le rôle du mari qui va bien. Je ne veux pas détruire sa vie pour une impression, mais je ne veux pas non plus lui voler encore dix ans si au fond de moi je sais déjà que quelque chose s’est éteint.
Je me demande souvent ce qui est le plus cruel : partir alors que l’autre n’a rien fait de mal, ou rester uniquement parce qu’on a trop peur d’assumer les conséquences de la vérité.
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