Nous avons été famille d'accueil pour un petit garçon pendant six ans et il est reparti en avril, et je n'ai pas le droit d'être triste comme je le suis.

Il est arrivé à trois ans et quatre mois. Il est parti à neuf ans et demi.

Je ne vais pas raconter son histoire parce qu'elle n'est pas à moi. Je dirai seulement qu'il est arrivé un mardi avec un sac de sport et qu'il n'a pas parlé pendant onze jours.

Six ans. Il a appris à lire chez nous. Il a eu la varicelle chez nous. Il appelait mon mari par son prénom et moi il m'appelait « toi » pendant deux ans et puis un jour, dans la voiture, il a dit maman, et il s'est arrêté net, et je n'ai rien dit parce que j'ai eu peur de tout casser.

Sa mère a fait un parcours. Je dis ça sincèrement : elle s'est battue, elle a tenu, et la décision du juge est juste. Je l'ai rencontrée six fois et c'est une femme bien.

Il est parti un jeudi d'avril. Nous avons fait ses cartons ensemble, avec le référent. J'ai lavé et plié ses affaires la veille. Il était content — vraiment content, il parlait de sa chambre là-bas — et j'ai souri pendant deux heures.

Et depuis six mois je ne dors pas et je n'ai personne à qui le dire, parce que tout le monde autour de moi me rappelle, gentiment, que c'était le but. C'était le but. Je le savais depuis le premier jour, c'était écrit dans le dossier, j'ai signé pour ça.

Mais on ne m'avait pas dit qu'on ne l'apprend pas. Six ans de petits-déjeuners et on ne l'apprend pas.

J'ai des nouvelles une fois par mois par le référent. Il va bien à l'école.

Est-ce qu'il y a d'autres assistantes familiales ici ? Comment vous faites avec ce trou-là ? Et est-ce qu'on en reprend un autre après, ou est-ce que c'est se servir de l'enfant suivant ?

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