Ma vie va enfin bien et je ne sais pas comment lui faire confiance. J’ai un travail correct, mon couple est stable, ma famille va bien, j’ai réglé une dette qui me pesait depuis longtemps. Rien de dramatique n’est en train de se passer. Et pourtant je suis incapable de me détendre complètement.

Si le téléphone sonne tard, je pense immédiatement à une mauvaise nouvelle. Si mon partenaire dit “il faut qu’on parle”, mon ventre se serre. Si je passe une semaine vraiment heureuse, une partie de moi commence à attendre la facture. J’ai grandi dans un environnement où le calme précédait souvent une crise : problème d’argent, dispute, maladie, mauvaise nouvelle.

Alors j’ai appris à rester prêt. Ce mécanisme m’a probablement aidé autrefois. Aujourd’hui il m’empêche de profiter. Je peux être assis dans un endroit magnifique et penser à ce qui pourrait mal tourner. Je peux avoir une bonne nouvelle et immédiatement imaginer comment elle pourrait disparaître.

Récemment quelqu’un m’a dit que j’étais tellement occupé à me préparer à perdre les bonnes choses que je ne les vivais même plus. Ça m’a frappé. Peut-être que certaines défenses deviennent des prisons longtemps après la fin du danger. J’essaye maintenant d’apprendre quelque chose qui paraît presque ridicule à écrire : tout moment heureux n’est pas forcément le calme avant la tempête.

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