J’ai peur de prendre le métro quand il s’arrête trop longtemps entre deux stations, et personne autour de moi ne sait à quel point ça peut être violent. De l’extérieur, je reste immobile, je regarde mon téléphone, je fais comme tout le monde.
À l’intérieur, mon corps part dans tous les sens. J’ai chaud d’un coup, j’ai l’impression que l’air devient plus lourd, je surveille les portes, j’écoute chaque bruit, je commence à imaginer qu’on va rester bloqués une heure, qu’il va manquer d’air, que quelqu’un va faire un malaise, que je vais paniquer devant tout le monde et ne pas pouvoir sortir.
Je sais que c’est irrationnel. Je sais qu’un arrêt technique n’est pas un danger en soi. Mais mon corps ne négocie pas avec la logique.
Alors j’ai développé des stratégies ridicules : je choisis certaines lignes plutôt que d’autres, je descends parfois une station avant pour marcher, j’évite les heures où les rames sont trop pleines, je me place près des portes, et si le métro s’arrête dans un tunnel je fixe un point précis en essayant de respirer normalement.
Une fois j’ai fait semblant de recevoir un appel urgent juste pour descendre à la station suivante et reprendre l’air. Personne n’a compris. Le plus frustrant, c’est que je travaille, je voyage, je fais plein de choses seule, je ne me considère pas comme quelqu’un de peureux, mais cette situation précise me transforme en quelqu’un que je ne reconnais pas.
Et plus je l’évite, plus j’ai l’impression qu’elle gagne du terrain. Je me demande jusqu’où on doit forcer contre une peur avant de se faire plus de mal que de bien, et à partir de quand une habitude d’évitement devient une prison qu’on a construite soi-même.
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