Je n’ai jamais dit à mes parents à quel point certains souvenirs de mon enfance me font encore mal parce qu’aujourd’hui ils sont adorables avec moi et que j’ai presque honte de leur en vouloir pour des choses anciennes. Quand j’étais enfant, mon père pouvait être très dur verbalement.
Pas violent physiquement, pas absent non plus, il travaillait beaucoup, il nous donnait tout ce qu’il pouvait, mais il avait cette façon de ridiculiser les erreurs qui me faisait me sentir minuscule. Un mauvais bulletin devenait une leçon sur mon avenir raté, une maladresse devenait la preuve que je n’étais “pas dégourdi”, une émotion un peu forte était immédiatement traitée comme de la faiblesse.
Ma mère ne disait pas grand-chose, elle essayait surtout d’éviter les conflits. Aujourd’hui ils ont changé. Mon père est devenu beaucoup plus tendre avec l’âge, il me dit qu’il est fier de moi, il m’appelle pour prendre de mes nouvelles, il est même affectueux avec mes enfants d’une façon qu’il ne l’était pas avec nous.
Et pourtant, il suffit qu’il hausse légèrement la voix pour que quelque chose se contracte immédiatement en moi. Je redeviens intérieurement l’enfant qui essaye de ne pas faire d’erreur. Le plus difficile, c’est que si je lui en parle aujourd’hui, j’ai peur qu’il se sente attaqué alors qu’il n’est plus cet homme-là.
J’ai aussi peur qu’il me réponde qu’il a fait ce qu’il a pu, ce qui est probablement vrai. Je sais qu’on peut aimer ses parents, reconnaître leurs sacrifices et quand même porter des blessures qu’ils ont causées sans le vouloir. Mais dans ma famille, parler de ça serait perçu comme une accusation, pas comme une tentative de comprendre.
Alors je garde une relation correcte, parfois même chaleureuse, tout en sachant qu’une partie de moi n’a jamais complètement cessé de chercher son approbation.
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