J'ai cinquante-quatre ans, je cherche du travail depuis vingt-deux mois, et j'ai commencé à enlever des années de mon CV.
J'étais responsable logistique. Le site a fermé en 2024. Nous étions soixante et onze et on nous a expliqué pendant la réunion que c'était une décision de groupe.
Les six premiers mois, j'étais confiant. Vingt-six ans d'expérience, un secteur qui recrute, je l'ai dit à tout le monde.
Puis j'ai compris le mécanisme. Ce n'est jamais un refus à cause de l'âge. C'est « un profil très solide mais un poste plus junior », trois fois. C'est un entretien où le recruteur avait vingt-neuf ans et m'a demandé si j'étais à l'aise avec les outils collaboratifs.
Alors en juin j'ai enlevé mes deux premiers postes et la date du BTS. Le CV commence maintenant en 2008. J'ai eu plus de réponses en trois mois qu'en un an et demi.
Et à chaque entretien je passe la première minute à surveiller leur visage pour voir s'ils calculent.
Ce que je ne dis à personne : ce n'est pas l'argent le pire, on tient avec le salaire de ma femme et je bricole. C'est que je me lève à sept heures sans raison. C'est que j'ai arrêté d'aller au café du village parce qu'on me demande où j'en suis. C'est que mon fils de vingt-trois ans m'a proposé de regarder mon CV.
Je ne demande pas de pitié. Je demande à ceux qui ont retrouvé après cinquante ans : qu'est-ce qui a vraiment débloqué les choses ?
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